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Prendre un café en épicurien

Vous êtes attablé devant votre petit café et ne mesurez pas votre chance. C’est parce que vous n’êtes pas encore épicurien ! Epicure nous apprend que tout ce qui est aurait pu ne pas être. C’est ce qu’il appelle la contingence. Vous auriez pu ne jamais naître, le monde pourrait très bien ne plus exister (surtout depuis l’invention de la bombe atomique). Même ce café que vous buvez sans y réfléchir : il aurait pu ne pas être. Mesurez ainsi ce petit miracle : vous auriez pu ne pas être (vos parents auraient pu ne pas se rencontrer, ils auraient pu décider de ne pas garder cet enfant…), la café aurait pu ne pas être (il pourrait y avoir une pénurie mondiale, ou simplement locale…) Mais il est ! Et vous aussi ! Et ce n’est pas tout : vous vous êtes rencontrés, là, sur cette terrasse ! Alors profitez-en ! Le café n’est-il pas meilleur maintenant ? 

Arrêter de fumer en cartésien

Vous allez voir : Descartes n’est pas celui qu’on croit ! Descartes n’est pas cartésien ! Il nous explique que pour prendre la bonne décision, il faut surtout arrêter de réfléchir ! Vous hésitez toujours… Arrêter de fumer…maintenant ou plus tard ? Pour vivre plus vieux ? Etre en meilleure forme dès maintenant ? Faire du sport sans être essoufflé ? Voir grandir vos enfants ? Si vous cherchez la bonne raison d’arrêter, vous pouvez chercher toute votre vie… Et vous risquez de changer d’avis tous les trois jours, et donc de ne jamais arrêter de fumer. La preuve, toutes ces raisons semblent bonnes…et vous fumez toujours. Comme notre entendement est limité, écrit Descartes, il faut compenser l’insuffisance de notre réflexion par le pouvoir de notre volonté. Ce que nous avons en nous d’infini, écrit-il, c’est la volonté et non l’entendement. Arrêtez donc de chercher la bonne raison d’arrêter de fumer, faîtes-le, c’est tout ! Arrêtez de fumer… simplement parce que vous l’avez décidé. Et tenez-vous en à votre décision. Alain résumait ainsi cette étonnante philosophie de Descartes : « le secret de l’action, c’est de s’y mettre ! ». 

Refuser de coucher avec quelqu’un en platonicien

Attention : l’amour platonique n’est pas l’amour platonicien ! Platon n’a jamais écrit qu’il ne fallait pas coucher ! Il pense en revanche que, passée une première période, où l’amour sensuel est décisif, les amants n’ont plus besoin d’en passer par le corps : ils deviennent capables de s’en passer, de contempler, en sages, l’idée même de l’amour. L’amour sensuel n’aura donc été qu’une étape. Au début, l’amant désire un corps, puis il comprend qu’il désire à travers ce corps La beauté qui est au-delà de ce corps. A la fin il contemple l’idée même de la Beauté sans plus aucun égard pour le corps initialement désiré. C’est ce que raconte « Le Banquet » de Platon. Si donc la lassitude vous prend à l’égard des avances de votre partenaire, n’hésitez pas à lui affirmer que, grâce aux charmes de son corps, vous êtes maintenant passé à l’étape d’après : ce que vous désirez maintenant, c’est contempler l’idée du Beau. Regardez vers le Ciel d’un air inspiré. Et invitez-le à faire de même !

Casser les autres en vous prenant pour Socrate

Platon raconte dans « L’apologie de Socrate » que Socrate utilisait l’ironie pour aider les autres à réfléchir, à prendre conscience des limites de leurs propos. L’ironie, dans ce cas, est un pari sur l’intelligence de l’autre. Ironiser, c’est parier sur la capacité de l’autre à comprendre l’ironie et donc à progresser. L’ironie n’est donc pas la moquerie. Ainsi Jankelevitch résumait-il joliment l’ironie socratique : « l’ironie tend la perche à celui qu’elle égare ». Libre à vous de vous d’invoquer l’ironie socratique pour casser un ami qui vous agace ! Moquez-vous, balancez des vannes et rappelez au protestataire que c’était l’arme de Socrate pour réveiller ses contemporains enfoncés dans leurs préjugés. Foutez vous de leur gueule : c’est pour leur bien !

Vivre une rupture en stoïcien

Elle ou il vous a quitté. Alors écoutez Marc Aurèle : « ce qui dépend de toi, c’est d’accepter ou non ce qui ne dépend pas de toi ». Ce qui ne dépend pas de vous : l’autre est parti. Ce qui dépend de vous : comment vous le prenez. Les stoïciens nous expliquent que nous avons le pouvoir, non de changer les choses, mais de changer la manière dont elles nous affectent, en changeant notre représentation des choses. La rupture est une chose, mais si vous lui ajoutez la tristesse, ou la jalousie, alors vous ajoutez un second mal au premier. Vous êtes libres de ne pas le faire ; vous avez ce pouvoir. Il suffit d’agir sur votre vision du monde. Si vous vous représentez l’amour comme devant durer toute une vie, alors vous ne pourrez supporter la souffrance de la séparation. Mais vous pouvez vous représenter autrement la vie : comme la chance de vivre une multitude d’histoires, de grandir au contact de cette multitude. Vous pouvez vous représenter autrement l’amour : comme quelque chose qui n’a aucune raison de durer toute une vie. Bref, vous pouvez changer vos représentations pour changer vos affects, c’est d’ailleurs une définition de la philosophie ! L’autre est parti… Etre stoïcien, c’est vouloir son départ. Vouloir ce qu’on ne peut pas changer : voilà une définition de la sagesse. Vouloir n’est pas accepter ; il n’y a ici nulle résignation. Simplement le talent de dire oui à ce qui est.

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